Bonjours Milytoiles et les Amites

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Tutoriel original :

A propos de Charles Baudelaire :

La fugacité fiévreuse du "Peintre de la vie moderne" anime le premier Petit Poème en Prose du Spleen de Paris, texte rapide, allègre, mobile où l'on questionne l'étranger, homme de passage et sans attaches, sur ce qu'il aime le mieux. Après avoir écarté la famille, les amis, la patrie, la beauté ou la richesse, il affirme: "J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... les merveilleux nuages!". Amour du fugace et de l'insaisissable, autant dire amour de rien d'autre que du mouvement même et de ses plus légères concrétions; amour, dans le présent, de ce qui s'en échappe, amour d'une aspiration indéfinie, merveilleuse en ce qu'elle allège, élève, et dégage des "miasmes morbides" pour emporter dans les "espaces limpides". Ce que le poème "Élévation" des Fleurs du mal formule comme un programme mystique, avec une certaine grandiloquence, "L'Étranger" le répète sur le mode mineur, d'une manière plus moderne, en inventant la forme volatile de la légèreté et la fugacité qu'il évoque.Ces nuages circulent au-dessus de la ville qui est, chez Baudelaire, le paysage moral de cette indéfinie transitivité.

La ville est ouverte comme un gouffre et comme un livre. Telle une figure de la conscience même, fascinée par le double appel du vide et du sens. C'est, dans la ville, le vide même qui signifie en sollicitant tous les sens. Dans ce plein d'êtres, ce plein d'objets qui n'est en réalité que néant, il y a quelque chose à lire, une série de signes, ou de simulacres : l'Ennui, le Péché, la Lésine, l'Hypocrisie, tout le catalogue des vices et des douleurs incarnées. Comme sur les catalogues des Grands magasins, ces divers habillements de l'âme humaine ont leurs mannequins: le pauvre, la petite vieille, Mlle Bistouri, le fou, la Vénus, le chien, le vitrier. C'est cela le réel, quand il vient pousser sa prose jusque dans le poème : un album de profils furtifs, une galerie de glace déformantes, un bottin de demi-mondaines, une bible profane de la mythologie moderne. Telle est la ville avec ses hiéroglyphes et ses allégories. Le poète en est à la fois le guide, le témoin, le passant et l'herméneute. Il rôde, il témoigne, il souffre, il déchiffre. Il épingle les spécimens les plus curieux. Il devient un amateur maniaque du bizarre. Il fait collection de nuages.